Phasmatique

 

 

     Phasmatique est d’abord le fruit né de la rencontre entre la musique que compose Alexis Chouteau et la textualité de Stéphan Riegel. Pour la présentation dans le cadre du Festival In-ouïe en février 2018, Phasmatique avait été annoncé comme une plongée musico-mentale entre pétrole des errances et les désirs du phasme. Si l’on veut approfondir, il faut peut-être dire qu’il s’agit d’une voix, une qui émerge et qui s’incarne et se musicalise dans des oscillations qui l’étire dans des tendances multiples et contradictoires. Une voix qui fait l’aveu d’un vouloir-vivre entre velléités et aspiration à l’immobilité absolue. Végétative et animale qui se confond dans une poche du monde et peut-être met à l’abri de ses sollicitations et ses excès en la chair d’être.

     Peut-être est-ce cela ou juste la fiction d’une voix qui a trouvé musique et bouche pour s’exprimer là où ailleurs elle continuerait de se taire.

 

[...]

Des fois, je ressens,

des fois je me sens primitivement, je me sens comme on était d’avant, mais y a les insectes et qui grouillent par milliards et trop grand mais y a les insectes que je lutte et que je peux pas et même quand j’essaye,

c’est pas la peine parce qu’au fond je sais bien qu’on s’agite pour pas grand-chose. Finalement, on ne va contre rien. On suffoque, on suffoque, on s’bouge pas. Inutile de tergiverser des plombes ! La plupart du temps, les mesures qu’il faudrait, les mesures qu'on voudrait, on ne les prend pas, on ne les prend jamais et de pas les prendre on se suffoque encore et davantage, on se cogne un peu plus et ça nous reprend le corps et au milieu de ça, y a les insectes par milliards, y a les insectes dedans on suffoque…

On sait bien qu’on ne va contre rien.

On suffoque

et parce que ça dort jamais les insectes

C’est pas seulement désespérant

c’est pas seulement moi

et parce que ça dort jamais

partir pas bouger rester lutter bouffer dormir chier se lasser

on suffoque

 

on sait bien qu’on ne va contre rien [...]

Stéphan R sur scène

© Crédits photographiques Catherine Renaudin