parfois je devine

ce que tu souris

 

même si j'avance

pas à pas

 

comme on traverse la nuit

en la reniant

***

je t'aime

la table autour les oiseaux traversent le ciel

et nos striures

depuis nos plus inavouables nocturnes

et quand tu mets ton rire dans mes mains

au soudain jour le jour dénoue sa corde

au brouillard monochrome

des vues aveuglées je t'aime

au matin frêle

quand le ciel met ses nuages en tas

au petit partage des miettes

entre le café et le thé

et départ cette virgule d'aurore au milieu de ce que ça cogne à la tempe

et l'amour seulement une idée hésitante

tu es au bord de l'évier

impossible à cerner où tu loges exactement l'instant

tu vas à la cafetière

tu lèves au parfum de la tasse doucement et sans transition tu plonges tes yeux à la fenêtre

je peux témoigner ton regard

à la caresse des arbres

au là du là inégalable du présent

ce qu'offrande ce qui juste là

je peux murmurable du vent ce que le vent

dehors dedans mes barques

***

parfois les mots

je t’approche avec

je te repousse avec

je te guirlande avec

je te me déguise avec

mais je ne parle jamais

des débris secs qu’ils peuvent laisser

peut-être pour ne pas avoir peur

de m'y couper

***

si je savais silence

si je savais racine

si je savais lierre et pierre

foudre et source

herbe et départ de l'arbre

petites et grosses bêtes

carte du ciel

la porte et la maison

je pourrais

t'appeler

te regarder

te suivre

éperdument dans la croissance des mains

élargir la bogue d'aimer

***

joie

prune au ventre écrasé

et le parfum juteux

que ça laisse

à rebord des doigts

 

est-ce qu'on se tiendra

encore en corps

par là

et comme si c'était une neuve fois

une énième première

***

tu ouvres les mains

des couplets de l’une

aux refrains de l’autre

et entre les deux

l'arc

tout l'arc de l'accueil

 

tu ouvres les mains

je n'entends rien

 

tu ne tiens

ni le chagrin ni la joie

et les deux à la fois

 

tu ouvres les mains

du sommet de la nuit

on déchire une plainte

à gorge de l'écuelle du jour

tu ouvres tes mains

comme si dedans les miennes